La cartographie au service de l’amélioration des quartiers précaires

En mars 2019, CartONG a réalisé une mission de 2 semaines au Burkina-Faso en appui à l’association Yaam Solidarité. Retour sur un soutien technique en cartographie et collecte de données sur mobile construit dans une optique collaborative, émancipatrice et pérenne.

En mars 2019, CartONG a réalisé une mission de 2 semaines au Burkina-Faso en appui à l’association Yaam Solidarité. Retour sur un soutien technique en cartographie et collecte de données sur mobile construit dans une optique collaborative et durable.

De nombreuses

villes des pays du Sud connaissent une croissance urbaine rapide et non contrôlée qui se caractérise par le développement de quartiers spontanés dans lesquels vivent une population en situation de grande précarité. Souvent, ces quartiers informels n’apparaissent pas sur les cartes et les bases de données officielles. Ils ne bénéficient donc pas des services de base et des aménagements urbains adaptés, ce qui rend leurs habitants d’autant plus vulnérables aux aléas climatiques, aux risques de catastrophes naturelles et aux crises sanitaires.

Face à ces enjeux, la cartographie collaborative, l’open data et les nouvelles technologies « low tech » de l’information géographique représentent un véritable potentiel pour rendre visible ces nouveaux quartiers. Ces solutions peuvent notamment jouer un rôle primordial dans la mise en œuvre de projets d’amélioration des quartiers non lotis ainsi que l’implication des communautés locales. Cette approche est au cœur du soutien technique que l’équipe Missing Maps de CartONG a apporté à l’association locale Yaam Solidarité, dans le quartier non-loti de Boassa, situé dans la périphérie de Ouagadougou.

Yaam Solidarité y mène depuis 2010 un projet d’amélioration de l’habitat et des conditions de vie, qui est soutenu par l’association française Craterre et qui est financé par la Fondation Abbé Pierre. Pour mener à bien cette intervention, CartONG a mobilisé sa communauté bénévole et travaillé en étroite collaboration avec la communauté OSM du Burkina-Faso (cliquez sur la carte de situation générale à droite pour la faire apparaître en grand).

 

Objectif 1 : Réaliser un support cartographique de base grâce à la plateforme OpenStreetMap et au crowdsourcing

Dans un premier temps, CartONG a organisé 8 mapathons depuis la France entre Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Paris et Chambéry, qui ont permis de réunir plus de 140 e-volontaires. Ensembles, nous avons cartographié plus de 46 500 constructions et 418 km de routes sur OpenStreetMap. Comme pour chacun de nos projets, la donnée produite durant les mapathons a ensuite été validée par une équipe de bénévoles expérimentés afin de garantir la qualité des données.

Au terme de cette première étape, le quartier Boassa était enfin visible sur la carte. Celle-ci a ensuite été enrichie lors de la deuxième étape du projet, qui s’est déroulé cette fois-ci sur place à Ouagadougou.

 

Objectif 2 : Collecter de la donnée sur le terrain grâce à des solutions technologiques légères et une approche inclusive et participative

La deuxième étape du projet consistait à compléter la carte de Boassa avec le soutien des membres de Yaam Solidarité et de la communauté locale et à constituer une première base de données de la zone – ce qui impliquait de les former à la collecte de données sur le terrain.

Pour ce faire, nous avons privilégié des outils libres et gratuits pouvant fonctionner hors ligne et des applications faciles à prendre en main afin d’inclure et former un maximum de participants et plus particulièrement les habitants du quartier afin de favoriser leur implication concrète dans cette étape du projet.

Au final ce sont plus de 20 personnes qui ont participé aux ateliers menés sur place. Les participants ont été formés à OsmAnd et OSM Tracker pour la collecte de données géographique et Kobo Toolbox pour les enquêtes ménages. Plusieurs sorties terrain ont également permis de collecter plus de 150 points d’intérêts (voirie, points d’eau, équipements collectifs, etc.) qui ont ensuite été ajoutés à la base de données OSM.

Ces ateliers de collecte de données se sont révélés une véritable opportunité pour promouvoir la collaboration entre l’association locale, les membres du comité de quartier, les habitants, de jeunes étudiants et les membres d’OSM, et de favoriser le savoir et l’expérience de tous, tout en leur permettant une meilleure appropriation du projet et une plus grande maîtrise de leur territoire et de ses enjeux.

 

Objectif 3 : Faciliter la réutilisation des cartes et des données et assurer leur durabilité à moyen et long terme

Toute la donnée produite lors des 8 mapathons en France et celle collectée sur le terrain a été ajoutée sur la plateforme libre et contributive OpenStreetMap. Sur OSM, la donnée est stockée de façon pérenne et elle est accessible à tous. Elle peut notamment être extraite pour réaliser entre autres, des cartes thématiques ou d’analyse.

Dans les cadres des ateliers réalisés sur place, des membres de Yaam Solidarité ont été formés à la manipulation des données dans OSM afin qu’ils soient capables de continuer à cartographier leur quartier et à enrichir la base de données de façon autonome et sur le long terme. Cette formidable source d’information, rend désormais visible les habitants du quartier non-lotis de Boassa ainsi que les activités économiques et les initiatives qui existent sur place. Elle permet également de mettre en lumière d’autres aspects plus problématiques tels le manque d’accessibilité aux services de base, les risques en termes d’accessibilité des services de secours, ou l’évolution et les mutations des espaces publics (cliquez sur la carte à droite pour la faire apparaître en grand).

Parallèlement, l’association Yaam Solidarité qui œuvre sur place peut désormais se servir de cette carte pour interpeller les pouvoirs publics ou de potentiels bailleurs de fonds sur les enjeux d’intervention existants dans la zone. La carte servira également à sensibiliser les habitants pour mieux planifier l’urbanisation du quartier, se protéger des zones à risque ou préserver les espaces de voiries afin d’essayer de garantir une certaine qualité de vie dans le quartier.

Le projet lancé avec Yaam Solidarité en 2019 devrait se poursuivre sur un programme de plus long terme à partir de l’année prochaine. Par ailleurs, ce type d’initiative est appelé à se multiplier. CartONG est ainsi d’ores et déjà en contact avec d’autres ONG qui aimeraient elles aussi améliorer leurs capacités en matière de production et de gestion de l’information dans le cadre de projets d’amélioration des conditions de vie dans les quartiers informels. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez collaborer avec nous sur le sujet !

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